fr L'expertise multidimensionnelle des infirmières

RAPPORT ANNUEL 2021

LA FONDATION

Le mot du Président

Le mot du Président - Sommaire

LA CLINIQUE

Quelques brèves de 2021

Brèves - Sommaire

LA CLINIQUE

Un écosystème de soins en évolution

Ecosystème - Sommaire

LA CLINIQUE

La Fondation La Source au cœur de la campagne de vaccination

Vaccination - Sommaire

LA CLINIQUE

Les Laboratoires sur le front de la crise sanitaire

Laboratoires - Sommaire

LA CLINIQUE

Une Clinique aux petits soins pour ses collaborateurs

Collaborateurs - Sommaire

LA CLINIQUE

Chiffres clés 2021

Chiffres - Sommaire

LA CLINIQUE

Des patients toujours aussi satisfaits

Patients - Sommaire

ÉCOLE

2021, bis repetita

Bis Repetita - Sommaire

ÉCOLE

L'expertise multidimensionnelle des infirmières

Infirmières - Sommaire

ÉCOLE

Formation & affaires estudiantines

Formation - Sommaire

ÉCOLE

Recherche & Développement et Prestations de service

Recherche - Sommaire

ÉCOLE

Institut La Source & Ecole en chiffres

Institut - Sommaire

LA CLINIQUE

Bilan et Perspectives

Bilan - Sommaire

ÉCOLE

Diplômes et Prix décernés en 2021

Diplômes - Sommaire

LA FONDATION

Conseil de fondation

Conseil - Sommaire

ANNEXE

Dons reçus en 2021

Dons - Sommaire

ANNEXE

Remerciements

Remerciements - Sommaire

ANNEXE

Impressum

Impressum - Sommaire

RAPPORT ANNUEL 2021

L'expertise multidimensionnelle des infirmières

 

Les compétences pointues que les soignants acquièrent en HES répondent aux besoins croissants des patients et de leur entourage, ainsi qu’à ceux du système de santé dans son ensemble. Elles leur permettent de relever les défis quotidiens qui découlent du vieillissement de la population, de l’augmentation des maladies chroniques, des ressources limitées ou encore des séjours hospitaliers raccourcis.

Une dame de 86 ans arrive à l’hôpital au terme d’une journée caniculaire. Elle se plaint de nausées et de maux de tête. Le médecin de garde conclut rapidement à une déshydratation et prescrit une perfusion. Il est 19h30, l’infirmier du service doit encore terminer sa tournée et assurer les transmissions à l’équipe de nuit avant son départ; ni lui, ni la veilleuse par la suite, ne prennent le temps de procéder à une évaluation clinique. Ils ne récoltent pas les éléments nécessaires à une anamnèse, même minimale. Seule la prescription médicale guidera la prise en charge et aucune barrière de lit ne sera installée. Durant la nuit, en tentant de descendre de son lit pour partir de l’hôpital, la patiente tombe et se brise le col du fémur. Elle expliquera plus tard qu’elle vit seule et que son chat, diabétique, avait besoin d’insuline.
     Parmi de nombreuses autres, cette situation permet d’illustrer ce qui peut arriver lorsque le personnel infirmier ne peut pas déployer toute son expertise, que ce soit en raison d’une surcharge de travail, d’une organisation inadéquate ou encore d’un niveau de formation insuffisant. L’évaluation clinique infirmière comprend une anamnèse. Elle consiste à évaluer les données physiologiques de la personne, tout en considérant les paramètres de son environnement social et son état psychologique. Dans le cas susmentionné, l’infirmier ne serait pas passé à côté de l’information liée au chat diabétique. Il aurait pu organiser la prise en charge de l’animal en contactant des proches ou des voisins et rassurer la patiente. Victime d’un accident parfaitement évitable, cette patiente passera plus de six semaines entre l’hôpital et un séjour de réadaptation.

RÉDUIRE LE TAUX DES ERREURS MÉDICALES ET LEUR COÛT

Selon l’OMS, un patient sur dix serait victime d’incidents critiques iatrogènes, des erreurs évitables ayant de lourdes conséquences (décès post-opératoires, allongement du séjour, ré-hospitalisations, erreurs médicamenteuses, douleurs, infections, etc…). Les coûts associés aux accidents et aux évènements indésirables sont estimés à 10% des dépenses de santé d’un pays – en Suisse, cela équivaut à plus de 82 milliards de francs par an. Cette situation est-elle acceptable?
     «Elle l’est d’autant moins que depuis une vingtaine d’années, une pléthore d’études sérieuses menées dans de nombreux pays, y compris la Suisse, démontre comment réduire ce pourcentage d’erreurs et ses coûts faramineux», souligne Jacques Chapuis, Directeur de l’Institut et Haute Ecole la Santé La Source. La clé de la sécurité des patients réside dans le niveau de formation et d’expertise infirmière au sein des équipes de soin, ainsi que dans le nombre de clients à charge par soignant. Plusieurs recherches récentes, également menées en Suisse, indiquent que les bénéfices d’une formation poussée sont également économiques: «Selon celles-ci, le salaire des infirmières de niveau universitaire serait d’emblée compensé à hauteur de 75% par la simple réduction des coûts médicaux et hospitaliers directs dus aux erreurs, aux complications, aux accidents et à la surmortalité» relève Jacques Chapuis.

Les infirmières doivent faire preuve de leadership clinique. Elles défendent le projet de soin et deviennent l’avocat du patient.

COMPLEXIFICATION CROISSANTE DES SOINS

L’expertise infirmière produit donc une immense plus-value pour les patients, leurs proches et la communauté dans son ensemble. Elle constitue de plus un bon investissement pour réduire les coûts de santé globaux. Mais en quoi consiste cette expertise exactement? En raison de sa multidimensionnalité, sa définition ne tient pas en une phrase. Une infirmière sauve des vies, défend le patient et effectue d’innombrables gestes de soin, techniques et relationnels. Avec les médecins, les infirmières représentent les deux professions sur lesquelles repose le système de santé. Mais ces éléments ne suffisent pas à saisir leur rôle, qui s’articule autour de plusieurs pôles comme l’évaluation clinique, la planification des soins, la communication avec les patients, la prévention ou encore la coordination interprofessionnelle. Il est devenu d’autant plus complexe avec les transformations socio-sanitaires intervenues depuis quelques dizaines d’années: vieillissement de la population, augmentation des populations migrantes et de la précarité, croissance des maladies chroniques et des comorbidités, raccourcissement des séjours hospitaliers, pénurie du personnel soignant, intégration des technologies de l’information et des innovations médicales ou encore contraintes financières.
     «De manière générale, on assiste à une complexification croissante des soins, explique Véronique de Goumoëns, professeure HES associée, responsable du Laboratoire d'Enseignement et de Recherche “Santé de l'enfant et de la famille” et directrice du Bureau d'Echange des Savoirs pour des praTiques exemplaires de soins (BEST). Les situations de soin “simples” dans lesquels un patient arrive avec une pathologie précise et où seuls quelques gestes de soins techniques suffisent avant qu’il ne retourne chez lui se font de plus en plus rares. Notre société fonctionne à flux tendus, la majorité des membres d’un foyer a de nombreuses responsabilités professionnelles et familiales. Dans la plupart des situations, personne n’a réellement le temps de s’occuper d’un proche au retour de l’hôpital. Le rôle infirmier consiste à prendre en compte les facteurs liés à l’environnement du patient, à coconstruire son traitement avec lui. Sans quoi il pourrait par exemple être trop stressé pour qu’il fonctionne ou l’arrêter prématurément. Ou pire, fuir de l’hôpital comme dans l’exemple de la dame âgée et de son animal domestique.»

DÉVELOPPEMENT D’UN LEADERSHIP CLINIQUE

L’évolution de la prise en charge des patients dans certains domaines fait qu’ils sont soignés par une équipe de plusieurs professionnels qui travaillent en réseau. Pour une personne souffrant d’un AVC par exemple, interviendront notamment des cardiologues, des neurologues, des physiothérapeutes, des ergothérapeutes etc. «L’infirmière se doit alors de coordonner ce réseau, de travailler de manière interprofessionnelle et de faire le suivi du projet de soin dans sa globalité», précise la Professeure. De tous les professionnels qui interviennent auprès d’un patient victime d’AVC, l’infirmière est celle qui passera le plus de temps avec lui. Son rôle sera donc d’adapter les traitements et leurs objectifs à cet individu particulier et de prendre en compte ses souhaits. «C’est essentiel pour la réussite d’un traitement, poursuit Véronique de Goumoëns. Il ne suffit pas de dire à un gros fumeur d’arrêter de fumer pour qu’il le fasse. Rien ne sert de fixer des objectifs, certes théoriquement corrects, mais inatteignables.» Face à des situations complexes, tant du point de vue biopsychosocial que du point de vue du nombre de spécialistes qui interviennent, l’infirmière doit faire preuve de leadership clinique. «Elle défend le projet de soin, devient l’avocat du patient et de son entourage, ajoute Jacques Chapuis. L’équilibre de ce rôle est délicat: le professionnel doit certes appliquer des gestes comme des perfusions ou des pansements, mais il doit surtout prendre la tête du projet de soin.»
     Ce leadership est essentiel, car de lui dépend beaucoup la qualité des soins, de la prise en charge et de l’expérience vécue par le patient et son entourage. «Comme les infirmières se trouvent en première ligne pour observer des éléments décisifs, elles doivent parfois s’imposer, indique Claudia Ortoleva Bucher, professeure HES ordinaire et responsable du Laboratoire d’Enseignement et de Recherche «Vieillissement & Santé». Prenez l’exemple d’une patiente dont on doit préparer la sortie d’hôpital à la suite d’une opération. Sa mobilité s’est améliorée et le médecin souhaite qu’elle parte avant midi. Mais la soignante a observé chez elle une déficience cognitive qui mène à des états confusionnels. Cette personne est incapable de faire ses courses ou de se préparer un repas. Il faut organiser une prise en charge spécifique à son domicile et contacter ses proches. La sortie de l’hôpital doit être repoussée le temps que le dispositif adéquat soit en place. Dans une telle situation, l’infirmière doit démontrer son leadership au centre d’une démarche interprofessionnelle.»

En se formant à l’évaluation clinique, les infirmières gagnent en expertise. Leurs évaluations sont plus pointues et nous parlons le même langage.

DE L’ÉVALUATION À LA PLANIFICATION DES SOINS

L’espace qui se situe entre les différents pôles de la profession infirmière est appelé «étendue de la pratique infirmière». Ce concept permet de définir les multiples rôles et responsabilités des soignants, ainsi que les compétences qu’ils mobilisent au quotidien. L’une des dimensions de l’étendue de la pratique infirmière comprend l’évaluation et la planification des soins. Comme mentionné précédemment avec l’exemple de la dame âgée déshydratée, elle inclut une évaluation de la condition physique et mentale du patient en considérant ses données psychosociales. L’infirmière procède à une entrevue qui lui permet de comprendre l’historique médical du client (symptômes, dernier repas, prise de médicaments, etc.), ainsi que les éléments de sa situation personnelle qui pourraient avoir une incidence sur le traitement (personne qui vit seule, qui a des déficiences cognitives, qui peut compter sur ses voisins, qui peut se déplacer facilement, etc.). Elle effectue en parallèle
des examens physiques (auscultation, palpation, etc.) et paracliniques (échographies, prise de sang, etc.).
     «Les évaluations cliniques effectuées par les infirmières sont essentielles au fonctionnement de notre service d’urgence, témoigne Gianni Minghelli, spécialiste en médecine interne générale et directeur médical au Centre Médical de La Source. Elles permettent de mieux gérer le flux des patients car les infirmières vont être capables de bien évaluer les priorités. Ce premier examen va faire gagner du temps au médecin et faciliter sa prise de décision. Il apporte une plus-value en termes de sécurité.» Convaincu de l’importance de la formation de son personnel, Gianni Minghelli a proposé à trois personnes de son équipe de suivre le CAS en Evaluation clinique infirmière, proposé par la Haute Ecole de la Santé La Source en partenariat avec le CHUV et la Haute Ecole de Santé Fribourg. Grâce à cette formation continue postgrade, elles ont acquis des outils leur permettant d’effectuer des évaluations cliniques rigoureuses et systématiques.
     «Notre équipe infirmière faisait déjà très bien son travail auparavant car elle avait beaucoup d’expérience, précise le médecin. Mais ce CAS lui a permis de gagner en expertise, de faire des évaluations plus pointues et de parler le même langage que nous. Cela améliore notre communication ainsi que notre confiance. De plus, nous gagnons un temps précieux lors de l’écriture des rapports.»

S'ADAPTER AUX RESSOURCES DISPONIBLES

L’étendue de la pratique infirmière comprend également la participation à la conception et à l’application des programmes de soins, ainsi qu’à leur mise à jour, en coordination avec le corps médical. Un rôle qui s’avère loin d’être facile dans la pratique et qui va bien au-delà de la simple exécution de gestes techniques. Dans certaines situations, il faut par exemple adapter le protocole de soins aux ressources disponibles et prioriser les tâches. Et dans un contexte où les gestes sont minutés et tarifés, la gestion du temps devient aussi un enjeu important.
     «Un problème récurrent est par exemple la mobilisation des personnes âgées par la marche pour s’assurer qu’elles puissent retourner à la maison après leur séjour hospitalier, indique Claudia Ortoleva Bucher. Le personnel soignant sait qu’il doit le faire régulièrement, mais sa charge de travail ne le lui permet pas toujours. Si l’on ne fait pas marcher la personne une fois, ou toute une journée, le risque n’est pas énorme. Mais si on ne le fait pas durant une semaine? Cela devient une urgence. L’infirmière doit gérer des ressources limitées au quotidien et adapter les protocoles à la réalité du terrain. Cela exige beaucoup de savoir-faire. Chaque décision peut avoir de lourdes conséquences en termes de mobilisation des ressources ou de coûts.»

UNE COMMUNICATION CONSTANTE À PLUSIEURS NIVEAUX

Durant toute la durée du projet de soin, l’infirmière doit faire preuve de compétences pointues en communication. Cela représente une dimension supplémentaire de l’étendue de sa pratique. Elle doit susciter l’implication maximale du patient et de ses proches. Elle doit faire preuve de pédagogie pour leur expliquer les pathologies et les traitements et s’assurer de leur compréhension. Cette tâche s’avère d’autant plus complexe avec toutes les informations, qu’il s’agit parfois de rectifier, disponibles sur internet. Le soignant est aussi en contact permanent avec le reste de l’équipe interprofessionnelle afin de lui transmettre toute information pertinente quant à l’état de la personne et d’assurer la continuité des soins lors de tournus ou de changement d’institution. Au niveau de son équipe, l’infirmière doit encadrer les nouvelles recrues et les stagiaires ainsi qu’identifier les besoins de formations.
     Un autre rôle important des soignants consiste encore à veiller à la qualité et à la sécurité des protocoles de soins. Ils doivent signaler toute lacune dans ce domaine et maintenir leurs connaissances à jour, en fonction des bonnes pratiques ainsi que des consensus d’experts et des données issues de la recherche infirmière. «L’infirmière doit être capable de comprendre la littérature scientifique et de la communiquer à l’équipe soignante, explique Véronique de Goumoëns. Cela garantit la sécurité des soins et leur conformité avec les derniers standards issus de la recherche.»

L’infirmière doit être capable de comprendre la littérature scientifique et de la communiquer à l’équipe soignante. Cela garantit la sécurité des soins et leur conformité avec les derniers standards issus de la recherche.

EVIDENCE BASED NURSING

L’un des quatre piliers du concept d’Evidence based nursing ou «pratique infirmière fondée sur des preuves» est précisément basé sur l’intégration dans la pratique des dernières connaissances issues de la recherche infirmière. «Il peut évidemment être ardu pour une infirmière de dégager du temps pour faire des revues de littérature scientifique et transmettre ensuite ces informations à son équipe, estime Véronique de Goumoëns. D’où l’intérêt d’entités comme le Bureau d'Echange des Savoirs pour des praTiques exemplaires de soins (BEST) dont je suis directrice. Notre mission consiste notamment à prendre connaissance et à trier les résultats des dernières recherches scientifiques afin d’en tirer des recueils de bonnes pratiques ou de nourrir des formations continues (lire encart ci-dessous). Dans certaines institutions, un poste infirmière peut parfois être créé avec cette fonction de transmettre les données issues des évidences scientifiques au reste de l’équipe.»

     Le concept d’Evidence based nursing va néanmoins plus loin que le simple transfert de la recherche vers la pratique. Il est défini dans la littérature comme «l’utilisation consciente, explicite et judicieuse des meilleures données actuelles de la recherche clinique dans la prise en charge personnalisée de chaque patient» (1). Comme on peut le voir sur le schéma ci-contre, l’expertise clinique de l’infirmière se trouve à l’intersection de quatre cercles: l’état clinique du client et ses particularités individuelles, les préférences du patient, les ressources de soins disponibles et les évidences scientifiques.
     «Au centre de ce modèle, il y a l’idée de qualité de vie acceptable pour le patient, détaille Véronique de Goumoëns. L’Evidence based nursing est particulièrement adapté aux situations actuelles de soins complexes liées notamment au vieillissement de la population et à l’augmentation des maladies chroniques.» Il démontre aussi toute l’étendue d’expertise et de leadership que l’infirmière doit mobiliser pour gérer les parcours de soins des patients et être en mesure de remplir sa mission. «Cela souligne l’importance de son niveau de formation, qui doit être universitaire, considère Jacques Chapuis. Car on ne demande plus seulement des capacités pratiques aux infirmières, mais aussi un savoir scientifique et théorique. Ce dernier est indispensable à une collaboration interprofessionnelle efficace avec les médecins et les autres spécialistes, ainsi qu’à une gestion optimale du parcours thérapeutique des patients.»

Encart 1
Schéma Evidence based nursing (source: Di Censo, A., Guyatt, G., & Ciliska, D. (2005). Evidence Based Nursing: A Guide to Clinical Practice (Elsevier Health Sciences). London: Mosby, Inc.9)

UN BUREAU POUR ÉCHANGER DES SAVOIRS INFIRMIERS

Basé à Lausanne, le Bureau d’Echange des Savoirs pour des praTiques exemplaires de soins (BEST) réunit six institutions romandes dans le domaine de la santé: le Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (CHUV), l’Institut Universitaire de Formation et de Recherche en Soins (IUFRS), la Haute École de Santé Vaud (HESAV), la Haute École de la Santé La Source (La Source), la Haute école de santé de Genève (HEdS Genève) et les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Il a pour mission de promouvoir l’Evidence-Based Practice comme fondement scientifique des pratiques professionnelles de la santé. Il vise la qualité des pratiques soignantes, thérapeutiques et d’enseignement. Il produit des recommandations de bonnes pratiques basées sur les meilleurs résultats de recherche. Les travaux réalisés en équipe multidisciplinaire allient des compétences cliniques et méthodologiques. Ils favorisent les échanges entre les milieux de la pratique, de la formation et de la recherche.

LES OBSTACLES DU TERRAIN

Les experts sont nombreux à souligner le décalage entre les modèles de bonnes pratiques infirmières et la réalité qui prévaut parfois sur le terrain: professionnels surchargés par des tâches de soins urgentes, organisations de travail trop rigides et peu efficaces, manque d’accès à la littérature scientifique ou non-reconnaissance de certaines tâches infirmières dans les systèmes de tarification des assurances… Tous ces éléments ne permettent pas toujours aux infirmières de déployer l’entière étendue de leur pratique et de leur expertise. «Déléguer complétement les évaluations cliniques de routine simples aux infirmières permettrait de diminuer l’attente aux urgences et de préserver le temps du médecin pour les cas plus complexes, affirme Gianni Minghelli. Malheureusement, je suis à chaque fois obligé de confirmer l’évaluation clinique de mon équipe soignante sans quoi elle ne peut pas être facturée. À l’heure où le manque de médecins de famille en ville tend à remplir les urgences, cette situation est inefficace et incompréhensible.»

     Parfois, c’est la hiérarchie qui refuse de laisser l’accès à un ordinateur pour l’équipe soignante, «ce qui est pourtant essentiel pour prendre connaissance de la littérature scientifique et mettre les pratiques de soin à jour», précise Jacques Chapuis avant de conclure: «Il existe des obstacles à la fois externes et internes au déploiement de l’expertise infirmière. Mais le plus important demeure politique: il s’agit de reconnaître la valeur des soins infirmiers pour le système de santé et l’ensemble de la société. Des progrès en ce sens ont eu lieu ces dernières années, mais les transformations sont trop lentes.»

L’ÉTENDUE DE PRATIQUE INFIRMIÈRE

L’étendue de pratique infirmière renvoie à l’ensemble des fonctions et responsabilités confiées aux infirmières et pour lesquelles ils détiennent une formation, des connaissances et des compétences (source: Déry, J., D’Amour, D., & Roy, C. (2017). L’étendue optimale de la pratique infirmière, Perspective infirmière, 14 (1), 51-55):
• L’évaluation et la planification de soins
• L’enseignement à la clientèle et aux familles
• La communication et la coordination des soins
• L’intégration et l’encadrement du personnel
• L’optimisation de la qualité et de la sécurité des soins
• La mise à jour et l’utilisation des connaissances.

UNE LENTE AMÉLIORATION

Malgré la lenteur et les obstacles, certaines initiatives liées à l’expertise infirmière parviennent tout de même à améliorer la prise en charge des patients. Claudia Ortoleva Bucher mentionne l’exemple de plusieurs projets visant à faire évoluer la distribution des médicaments en contexte hospitalier, domaine qui engendre régulièrement des erreurs médicales. «Ces dernières proviennent en particulier du manque de concentration des infirmières en raison des interruptions incessantes. On a donc confié leur distribution à une personne soignante identifiée par un gilet jaune et qu’on ne doit déranger sous aucun prétexte.» Un autre exemple concerne l’analyse des prises de médicaments des résidents en EMS: «Cette population est souvent surmédicamentée, ce qui provoque nombre de complications et effets secondaires indésirables, en plus de coûts importants.» Une personne âgée a une carence, on lui prescrit du magnésium, qui engendre de la diarrhée. On lui donne de l’Immodium et elle finit par souffrir d’effets secondaires, qui comprennent des troubles neurologiques. Pour rompre ce cercle vicieux, des trios comprenant un gériatre, un pharmacien et un infirmier ont été formés pour analyser les prescriptions médicamenteuses individuelles en veillant à un équilibre et surtout à la qualité de vie des personnes. «Ce genre d’exemple dynamique d’interprofessionnalité permet l’amélioration notable des soins, observe Claudia Ortoleva Bucher. C’est dans cette direction qu’il faut aller.»

POUR DES DIPLÔMES INFIRMIERS COHÉRENTS ET MOTIVANTS

La Suisse romande a décidé de placer la formation infirmière au niveau HES en 2002. Après le Bachelor en 2006, ont suivi les entrées en vigueur du PhD (doctorat) en 2007 et du Master en sciences infirmières une année plus tard. Plusieurs études ont montré la pertinence de ces niveaux de formation, qui répondent aux impératifs de sécurité des soins tout en rendant les professions de la santé plus attractives. En tandem avec le CFC d’Assistant.e en soins, ils permettent de définir clairement les professions tout en favorisant des évolutions de carrières intéressantes. De nombreux experts considèrent que l’introduction d’un niveau ES n’est pas souhaitable dans ce contexte, car il ne permet pas de former des professionnels détenant suffisamment de compétences théoriques pour exercer pleinement l’expertise infirmière. Ce niveau supplémentaire apporte aussi de la confusion entre les différents diplômes. La filière ES consomme en outre trop de places de stages, avec pour effet d’empêcher de former un nombre suffisant d'infirmières pour pallier la pénurie.

Bibliographie

Déry, J., D’Amour, D., & Roy, C. (2017). L’étendue optimale de la pratique infirmière, Perspective infirmière, 14 (1), 51-55.

Di Censo, A., Guyatt, G., & Ciliska, D. (2005). Evidence Based Nursing: A Guide to Clinical Practice (Elsevier Health Sciences). London: Mosby, Inc.9

Kérouac, S., & Salette, H. (2011). La formation universitaire des infirmières et infirmiers. Une réponse aux défis des systèmes de santé. Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone.

(1) Gentizon, J., Borrero, P., Vincent-Suter, S., Ballabeni, P., Morin, D., & Eicher, M. (2016). La pratique fondée sur des preuves chez les infirmières de centres hospitaliers universitaires en Suisse romande: étude descriptive et corrélationnelle. Recherche en soins infirmiers, 127, 28-42.