RAPPORT ANNUEL 2019

LA FONDATION

Le mot du Président

edito_2019_sommaire

LA CLINIQUE

Quelques brèves de 2019

breve_2019_sommaire

LA CLINIQUE

Faire progresser le système de santé

faire progresser_2019_sommaire

LA CLINIQUE

La qualité partout et pour tous

la qualite_2019_sommaire

LA CLINIQUE

Une journée au Bloc opératoire

une journee_2019_sommaire

LA CLINIQUE

Zoom sur cinq métiers de l’ombre

zoom_2019_sommaire

LA CLINIQUE

Chiffres clés 2019

essentiel_2019_sommaire

ÉCOLE

2019, un cru d’excellence

un cru_2019_sommaire

ÉCOLE

La formation Bachelor ces dix dernières années

formation_2019_sommaire

ÉCOLE

Formation & Affaires estudiantines

formation et affaire_2019_sommaire

ÉCOLE

Recherche & Développement et Prestations de service

recherche_2019_sommaire_new

ÉCOLE

Affaires internationales

recherche_2019_sommaire

ÉCOLE

Institut La Source & Ecole en chiffres

institut et ecole_2019_sommaire

ÉCOLE

Bilan & perspectives

bilan_2019_sommaire

ÉCOLE

Diplômes & Prix décernés en 2019

diplome_2019_sommaire

LE CONSEIL DE FONDATION

Conseil de fondation

conseil_2019_sommaire

ANNEXE

Dons reçus en 2018

dons_2019_sommaire

ANNEXE

Remerciements

remerciements_2019_sommaire

ANNEXE

Impressum

impressum_2019_sommaire

RAPPORT ANNUEL 2019

La formation Bachelor ces dix dernières années

Le début du 21e siècle se caractérise par l’ampleur des enjeux liés au vieillissement de la population, aux maladies chroniques et aux effets climatiques et environnementaux sur la santé. L’infirmière doit faire face à la complexification des soins qui en découle et être préparée à faire preuve d’autonomie et de leadership au cœur d’une collaboration interprofessionnelle exigeante. Devant de tels enjeux, la plupart des pays a pris le parti de rehausser le niveau de formation des infirmiers, ce que la Suisse romande a réalisé en 2002, inscrivant alors cette formation dans un système universitaire, en trois cycles (Bachelor, Master, PhD). A l’aube de la construction d’un nouveau programme de formation (Plan d’Etude Cadre - PEC 2022), revenons sur l’évolution de la formation Bachelor en soins infirmiers durant ces dix dernières années du point de vue des contenus et des outils pédagogiques.

 

LE DÉFI DE LA RÉFLEXIVITÉ

Le niveau Bachelor de la formation en soins infirmiers est synonyme de changement de posture professionnelle: l’infirmière se positionne dorénavant comme une praticienne réflexive. Autrement dit, elle s’interroge sur ses pratiques, construit sa réflexion sur la base de concepts scientifiques et de données probantes issus de sa discipline, dans une optique d’apporter une contribution directe à la qualité des soins et à la sécurité du patient.

     Cet apprentissage de la réflexivité se construit tout au long des trois années de cursus et se nourrit à la fois de l’enseignement, des avancées de la Recherche et des pratiques du terrain. Le défi pour une haute école est de faire converger et s’enrichir mutuellement ces différentes sources de connaissances et compétences. Ainsi, l’évolution de la formation infirmière au niveau Bachelor est étroitement liée au développement durant ces vingt dernières années des sciences infirmières, nées au 19e siècle, et de l’augmentation de la production des savoirs de ce champ académique. Pour Christine Berset, vice-doyenne du Programme Bachelor, le lien entre le niveau de formation et l’émergence de théories et modèles propres à la discipline infirmière est évident.

     A La Source, les réflexions sur la question de l’osmose entre Recherche et Enseignement ont conduit, en 2016, à la création de six laboratoires d’enseignement et recherche (LER) composés à la fois de chercheurs et d’enseignants. Chaque LER s’inscrit dans un domaine spécifique et tous ensemble, ils couvrent les principales thématiques de santé. «Ce type d’organisation vise le décloisonnement et un meilleur transfert des connaissances», note Christine Berset qui ajoute que «les enseignants demandent régulièrement aux LER d’examiner les contenus des cours et d’émettre des recommandations de mise à jour ou d’enrichissements». Pour Philippe Delmas, professeur HES ordinaire et responsable du LER Qualité des Soins et Sécurité des Patients (QSSP), les synergies sont indéniables. Il cite notamment le travail que son équipe effectue sur deux plans. Le premier concerne l’actualisation en continu des gestes techniques, sur la base des résultats de recherche au niveau international. Le deuxième se concentre sur le développement des compétences des étudiants en audit de soins. Ils apprennent à faire une revue de littérature scientifique, à expliquer les facteurs des incidents, comme par exemple une chute, à établir des grilles d’analyse avant de se rendre dans un hôpital faire l’audit et de restituer les résultats de celui-ci à des professionnels de la santé. Ce cheminement leur apprend à prendre en compte et à conceptualiser, à partir d’un fait banal, tous les éléments qui peuvent interférer dans les soins.

     Si l’intégration des savoirs scientifiques et la compréhension des problématiques liées à la qualité des soins et la sécurité des patients sont des composantes notables dans le développement de la réflexivité chez les étudiants, il en va de même pour l’évaluation clinique infirmière.

     Considérée de nos jours comme un outil indispensable pour avoir un avis éclairé sur une situation de soin, l’évaluation clinique infirmière n’a pas toujours été enseignée de manière structurée. Il faut attendre 2012 pour la voir figurer en tant que matière à part entière dans le cursus Bachelor. Pour Lionel Spycher, maître d’enseignement HES et responsable du CAS en évaluation clinique infirmière, «l’augmentation du niveau des compétences infirmières et le changement des besoins en soins, induit par l’évolution des enjeux sociétaux, expliquent la place grandissante qui lui a été donnée». Durant leurs années de formation, les étudiants apprennent à collecter avec rigueur et méthode les données relatives au patient au moyen d’une anamnèse et d’un examen physique ou psychologique. Une fois ces données obtenues, ils activent leur capacité réflexive pour les interpréter, déterminer les liens possibles entre les informations fournies par les patients et les résultats de leur examen, en les mettant en perspective avec les antécédents de la personne, le cas échéant des examens de laboratoire, etc. «Pour obtenir l’image la plus précise possible, les données doivent être analysées, hiérarchisées et interprétées sous forme d’hypothèses. Ce processus exige des compétences plus pointues et mobilise une multitude de connaissances et d’aptitudes tant techniques que scientifiques et relationnelles», ajoute Lionel Spycher.

A L’AUBE D’UN NOUVEAU PROGRAMME DE BACHELOR

Sur la base d’une révision du Plan d’Etudes Cadre, en cours d’élaboration au sein de la HES-SO, La Source a débuté ses réflexions sur le futur programme 2022 du Bachelor en soins infirmiers. La réforme en cours devra, entre autres éléments, favoriser:

  • L’autonomie professionnelle nécessaire pour accompagner la transition des soins de l’hospitalo-centrisme vers les soins dans la communauté;
  • L’esprit d’innovation et de collaboration interdisciplinaire afin de contribuer au développement de réponses inédites, nécessaires aux soins à une société vieillissante;
  • L’affermissement du rôle professionnel infirmier dans un contexte de médecine personnalisée, d’exploitation exponentielle du Big Data et de
    multiplication des canaux d’information numérique;
  • Le positionnement éthique face à la transition digitale dans les soins, à la fin de vie et à l’évolution des déterminants de la santé, notamment en termes de santé environnementale et climatique.

L’ENTRÉE DANS L’ÈRE DE LA DIGITALISATION DES SOINS

Le monde des soins est fortement bousculé par l’arrivée, entre autres, de modèles de santé prédictifs et personnalisés, de l’intelligence artificielle et du Big Data ainsi que d’une société de l’information illimitée. Il en découle un paradoxe saisissant au sein de la communauté des patients: d’un côté, des patients surinformés, voire mal informés, de l’autre, des personnes qui peinent à décrypter des contenus digitaux confusionnants et contre-productifs. Face à ce problème de «littératie en santé»*, les étudiants se préparent à exploiter avec rigueur les outils numériques et à accompagner les patients dans l’appropriation des connaissances leur étant nécessaires.

     A priori, d’aucun serait tenté de croire que les générations Y et Z sont les mieux placées pour maîtriser les technologies dans lesquelles elles baignent depuis leur naissance. «Eh bien, pas du tout! Contre toute attente, ces générations peinent à faire le pont entre leurs pratiques personnelles et celles liées à leur posture d’infirmière», constate Dre Dominique Truchot-Cardot, responsable du Source Innovation Lab. Dans le cadre des cours qu’elle dispense, elle observe la méconnaissance des étudiants dans le domaine des ressources digitales et des questions éthiques liées à la protection des données. Cette dichotomie nécessite un travail à la fois sur l’acquisition de connaissances dans le domaine du numérique, sur la posture professionnelle et l’état d’esprit à adopter pour ne pas descendre du train de la digitalisation des soins.

     Forte de ce constat, La Source a mis sur pied le module à option «Soins infirmiers et Innovation». Un premier groupe a eu l’opportunité de co-construire la plateforme de réalité virtuelle de la start-up suisse UbiSim et de développer le volume consacré à l’entraînement de la transfusion sanguine. Un deuxième groupe a planché sur deux volumes supplémentaires: un sur l’évaluation clinique de la personne âgée et l’autre sur l’évaluation clinique en pédiatrie. Un troisième groupe, en collaboration avec des ingénieurs, expérimente actuellement l’usage de la robotique humanoïde au profit de la sécurité des soins sous l’angle du calcul des doses à administrer.

 

L’INTERPROFESSIONNALITÉ GAGE DE QUALITÉ DES SOINS ET DE SÉCURITÉ DES PATIENTS

La littérature scientifique démontre que l’une des premières sources d’erreurs et d’incidents critiques dans les soins relève d’une communication déficiente entre les professionnels de la santé. Elle peut s’avérer dommageable, voire fatale, pour les patients. Ceci explique la montée en puissance ces dernières années de la collaboration interprofessionnelle dans le programme de la formation infirmière. Travaillée tout au long du cursus, cette dimension est au centre de toutes les attentions durant les journées interprofessionnelles organisées chaque année. Elles réunissent plusieurs centaines d’étudiants futurs soignants et médecins. A cet événement s’ajoute l’hôpital immersif, un exercice annuel de simulation intégrale de fonctionnement d’un service hospitalier destiné à la volée de 3e année, avant son envol professionnel.

La pratique simulée a gagné en importance en raison de son efficacité dans le processus d’intégration des connaissances et compétences.

DES OUTILS PÉDAGOGIQUES EN CONSTANTE ÉVOLUTION

Parallèlement à l’évolution des contenus enseignés, la formation Bachelor a bénéficié des avancées en matière d’outils pédagogiques.

     Pour notre école, il ne s’agissait pas d’implémenter des nouvelles pratiques à tout va mais de ne retenir que celles apportant une réelle plus-value à l’enseignement et une réponse satisfaisante aux effectifs estudiantins croissants. Que ce soit en termes d’entraînement des habiletés cliniques ou d’assimilation de connaissances théoriques, les enseignants de La Source ont exploré méticuleusement et souvent avec audace les possibilités qui s’offraient à eux. Ils ont su tirer profit de la latitude dont ils disposaient pour tester des outils favorisant le développement de la réflexivité, du travail collaboratif et de l’auto-gestion.

     Qui dit nouveaux outils, dit nouvelles compétences à acquérir par le corps enseignant. L’implémentation de ces outils implique un travail collectif. Pour Anne-Laure Thévoz, responsable du développement des missions de l’Hôpital simulé, «il ne s’agit pas d’imposer leur utilisation mais d’accompagner les enseignants dans leur prise en main et leur maîtrise tout en tenant compte des retours et des attentes des étudiants».

 

LA PRATIQUE SIMULÉE, UN OUTIL INTÉGRATIF PUISSANT

De manière générale, la simulation a gagné en importance ces dix dernières années au sein des hautes écoles de santé en raison de son efficacité dans le processus d’intégration des connaissances et compétences.

     A La Source, l’évolution de l’enseignement au moyen de la simulation a connu deux tournants majeurs durant cette période: l’ouverture en 2012 d’un centre de pratiques simulées (le SEB) de 720m2 et celle en 2018 de l’Hôpital simulé, sur le site de Beaulieu. La Source dispose maintenant de 2’500m2 dédiés à l’apprentissage des habiletés cliniques. Cette augmentation des surfaces a démultiplié les activités de simulation et diversifié la palette des stratégies pédagogiques allant des mannequins de différents degrés de fidélité aux acteurs jouant des rôles de patients (patients simulés), en passant par des escapes games, des serious games, de la réalité virtuelle, etc. Cette profusion, Anne-Laure Thévoz l’explique par les deux atouts dont dispose La Source: «A la fois une grande diversité de stratégies pédagogiques résultant de sa capacité à innover et des compétences et des ressources adéquates (comme le Groupe Conseil et Soutien pédagogique créé en 2011) pour mener une veille des évolutions pédagogiques, évaluer leur potentiel et leur pertinence». Ces points forts convergent vers un même objectif: créer les conditions idéales pour une démarche intégrative. Car les outils de simulation permettent d’aller plus loin que le simple exercice de gestes techniques. Ils offrent le champ libre à un niveau de complexité plus élevé qui force les étudiants à mobiliser une grande diversité de savoirs et de compétences et qui, ce faisant, les prépare mieux à la réalité du terrain. C’est le cas notamment des patients simulés. Mis en place il y a une dizaine d’années à La Source, ce dispositif d’enseignement était alors novateur. A la simulation focalisée sur la pathologie, elle a ajouté celle de la relation patient-soignant, fondement de la pratique infirmière.

 

LES MÉTHODES D’ENSEIGNEMENT DÉMATÉRIALISÉES

La méthode de la classe inversée compte parmi les grands gagnants du développement des outils digitaux. Les plateformes en ligne ont facilité les échanges de contenu multimédia et le travail collaboratif à distance.

     Interrogé sur cette méthode, Laurent Frobert, maître d’enseignement et féru de nouvelles technologies, relève que «la classe inversée change les rapports de savoirs entre les étudiants et les enseignants en impliquant les premiers d’une manière plus active dans une démarche de co-construction des contenus du cours». Le corps enseignant donne des consignes de départ et organise les modalités de fonctionnement, il suit les échanges et intervient si besoin, laissant les étudiants mobiliser leurs connaissances, mener leurs recherches, produire du savoir et échanger des contenus qui aideront le groupe à répondre à la problématique de départ. Comme l’explique Laurent Frobert, «dans le cadre d’une formation de niveau Bachelor, la classe inversée apporte une réelle plus-value car elle contribue de manière significative au développement de plusieurs aptitudes dont la réflexivité, l’engagement à accroître ses connaissances et la collaboration».

     A distance, les enseignants ont recours à toute la panoplie des outils numériques disponibles (e-learning, MOOC, Forum, etc.) et peuvent les utiliser quand ils le jugent nécessaire. Ces dernières années ont vu l’émergence de cours hybrides blending learning, i.e. un enseignement en partie à distance et en présentiel. Cette forme de préparation à un cours rentabilise le temps en présentiel. Elle s’avère également utile pour la phase précédent les stages et offre un confort de consultation, les étudiants pouvant s’y référer en tout temps et tout lieu. A titre d’exemple, citons le dispositif en ligne innovant de préparation au stage du Laboratoire d’Enseignement et Recherche en Santé mentale et Psychiatrie. Il permet de fixer les objectifs de stage d’une manière plus efficiente. Ce dispositif a été construit selon un scénario pédagogique spécifique. Le parcours prévu sur cette plateforme demande aux étudiants de consulter différents contenus et de réaliser un certain nombre d’activités réflexives qui font appel à leurs connaissances et représentations. Le dispositif est ajusté en continu en fonction des retours des utilisateurs et enrichi au fur et à mesure de la production des savoirs scientifiques.

     Parmi les outils développés ces dernières années, la réalité virtuelle tient une place particulière à La Source. Utilisée dans le cadre de cours, elle est également disponible dans l’espace d’auto-formation du site de Beaulieu. Grâce à elle, les étudiants peuvent exercer des gestes ou encore des procédures de soins librement.

 

L’AUTO-FORMATION

La contrainte du nombre d’heures d’enseignement maximum et des ressources disponibles conduit les enseignants à chercher des solutions pour augmenter les temps de pratique. L’espace dédié à l’auto-formation répond partiellement à ces besoins, tout comme le mentorat entre pairs.

 

* La littératie en santé représente les connaissances, la motivation et les compétences permettant d’accéder, comprendre, évaluer et appliquer de l’information dans le domaine de la santé; pour ensuite se forger un jugement et prendre une décision en termes de soins de santé, de prévention et de promotion de la santé, dans le but de maintenir et promouvoir sa qualité de vie tout au long de son existence [Sørensen; 2012].